Nouveauté Mais au fait, qui était vraiment Mahomet?

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Mais au fait, qui était vraiment Mahomet?

Le Prophète comme on ne vous l'a jamais raconté

Savez-vous que Mahomet ne s’appelait pas Mahomet? Ce mot, qui n’apparaît en fait que quatre fois dans le Coran, était sans doute plutôt un titre de gloire politique, et il est possible que ce prénom qu’on donne habituellement au Prophète soit celui d’un de ses oncles. C’est un détail, bien sûr, mais qui nous montre que nous avons bien des choses à apprendre d’une lecture «critique» de sa vie, c’est-à-dire éclairée par la connaissance du Coran (et d’autres sources).
Mais alors, est-il vrai que le Prophète est le seul homme à n’avoir pas le cœur noir? qu’il a épousé une jeune fille de neuf ans? Quelles étaient ses relations avec les juifs, et que dit le Coran à ce sujet? Toutes les questions que vous ne savez peut-être pas à qui adresser, Ismaël Saidi les pose avec humour et sans détour à son ami Michaël Privot, islamologue et musulman lui-même. Ce dialogue franc et bienveillant entre deux musulmans fait redécouvrir la figure de Mahomet en lui redonnant sa dimension historique et profondément humaine, sans provocation mais avec, au contraire, une profonde admiration pour l’histoire hors norme de cet homme qui a fait l’Histoire.
  • 352 pages - 146 x 221 mm
  • Broché
  • EAN : 9782081421219
  • ISBN : 9782081421219

Autour du livre

Quelles questions? Quelle réponses?

  • Mahomet savait-il lire et écrire ? 

« Probablement, s’il était impliqué dans les affaires commerciales où existait la pratique de l’écrit contractuel qui sera d’ailleurs encouragée par le Coran (v. 2,282) quelques années plus tard. Le Coran dit en effet qu’il était ummî, ce que beaucoup ont interprété ou traduit comme «analphabète» au sens où il n’aurait su ni lire ni écrire, et ce pour mettre en avant le «miracle» coranique (un livre d’une telle qualité littéraire n’aurait pu être écrit par un analphabète). En fait, ummî, en contexte coranique, est l’équivalent arabe du terme ummoth utilisé par les juifs et les chrétiens pour désigner les peuples qui n’avaient pas reçu de Révélation, les peuples non élus. Muhạmmad était donc l’envoyé pour ces peuples, c’est ainsi que le Coran le désigne (v. 62, 2) : rien à voir avec le fait qu’il n’aurait su ni lire ni écrire. Ce ne sera que bien plus tard que le terme ummî prendra la signification d’analphabète. »

 

  • Mahomet était-il vraiment un descendant d’Abraham ?

« On n’hésitera pas à faire remonter le lignage de Muhạmmad jusqu’à Abraham, par l’intermédiaire de son fils Ismaël, et en passant par l’ancêtre mythique de nombreuses tribus de la région du Hedjâz, un certain ‘Adnân, dont Muhạmmad serait éloigné de 21 générations. Il va de soi qu’il y a très peu de certitudes sur la généalogie tribale au-delà de quelques générations, mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’elle n’était pas utilisée comme une science exacte : elle donnait surtout la possibilité de (re)configurer les liens entre familles, clans et tribus en fonction des nécessités du temps. Cela permettait (et permet toujours) aux gens de se situer les uns par rapport aux autres, de connaître rapidement leurs liens de parenté, celles et ceux avec qui il importe de faire alliance, celles et ceux que l’on doit défendre, celles et ceux dont on doit garantir la protection, quoi qu’il arrive, et donc de savoir aussi chez qui l’on pourra trouver protection en cas de pépin, comme cela sera le cas de Muhạmmad lui-même. »

  • Le récit de l’ascension céleste de Mahomet est-il aussi simple qu’on le pense ?

« Dans l’imaginaire de beaucoup de musulman·e·s, nourri·e·s par des récits que la tradition a voulu simplifier et harmoniser, le voyage de nuit et l’ascension céleste sont deux moments d’une même aventure : Muhạmmad aurait été emmené à Jérusalem et de là il serait monté au ciel. Pourtant, les historiographes musulmans divergent considérablement sur ce récit : al-Balâdhurî comprend l’isr.’ et le mi‘r.j comme un seul et même événement : Muhạmmad aurait voyagé de nuit à Jérusalem et en serait revenu. Il aurait ensuite prescrit les cinq prières quotidiennes. À aucun moment il ne fait mention d’une ascension céleste. Il place cet événement 18 mois avant l’Hégire. Ibn Sa‘d, quant à lui, découple les deux événements : le mi‘r.j aurait eu lieu durant le mois de Ramadận 18 mois avant l’Hégire. Muhạmmad aurait été emmené aux cieux par les anges Gabriel et Michaël, et c’est à cette occasion que les cinq prières quotidiennes lui auraient été prescrites. Le voyage de nuit à Jérusalem, par contre, aurait eu lieu six mois plus tard. Si ces deux historiens rapportent en majorité des propos spécifiant que Muhạmmad aurait voyagé en esprit jusqu’à Jérusalem, il n’en va plus de même chez un Ibn Kathîr  cinq siècles plus tard. Celui-ci affirme que ce voyage nocturne eut bien lieu physiquement, tout en liant clairement le mi‘r.j à la présence de Muhạ mmad à Jérusalem. On constate donc qu’il y a eu un processus d’uniformisation, voire d’harmonisation au cours des siècles, à partir d'au moins deux récits distincts. »

 

  • C’était comment, La Mecque, du temps de Mahomet ?

« La Mecque n’était pas, au tournant des VIe-VIIe siècles, le Disneyland islamique qu’elle est devenue aujourd’hui, où l’eau claire, la nourriture, l’argent, les biens de consommation et de loisirs coulent à flots pour les habitants et les visiteurs du monde entier qui viennent par millions. La seule présence d’un peu d’eau lui assurait une subsistance au milieu de ce territoire désertique, mais il n’y avait pas de place pour l’agriculture. Les habitants de La Mecque allaient s’approvisionner en vivres frais à Ṭâ’if, une oasis située à 70 km au sud-est de La Mecque et à 1450 mètres d’altitude. Il y pleuvait régulièrement et l’air y était plus frais et respirable, ce qui rendait possibles l’agriculture et la culture de vignes et de dattiers, à partir desquels les Mecquois·es produisaient des boissons fermentées qu’ils consommaient volontiers, comme le rapporte le Coran (v. 16,67). »

 

  • Comment se fait-il que La Mecque s’est inventé un passé si prestigieux ?

« Les dynasties omeyyades et abbassides qui régneront sur l’Empire arabe, puis islamique, de 661 à 1258, avaient intérêt à ne pas passer pour des «culs-terreux», mais à faire valoir leur noblesse, leur lignage, et à souligner que La Mecque était une ville imposante bien avant Muhạmmad. Pareil pour les rivalités avec les communautés conquises, installées pour certaines dans des centres urbains vieux de plus de 3000 ans à cette époque (Alep, Damas, Suse…), et marqués par des siècles d’activités religieuses, culturelles et commerciales, qui ne manquaient pas de toiser ces nouveaux venus. La Mecque manquait de prestige ou, en tout cas, ne semblait pas à la hauteur d’un prophète ayant révolutionné le monde. Devenue centre international de pèlerinage, La Mecque avait besoin d’une illustre généalogie : en effet, quoi de plus noble et remarquable que d’avoir été fondée par Abraham et Ismaël qui y auraient construit le premier temple à Dieu. La revendication d’une suprématie régionale devait s’accompagner, nécessairement, d’un statut illustre, quitte à polir un peu l’histoire pour la faire «coller» avec les besoins du temps. C’est un procédé tellement commun qu’on l’observe à toutes les époques : on écrit son histoire pour que le présent ait du sens. »

 

  • À quoi croyaient les Mecquois du temps de Mahomet ?

« Eh bien concernant les «dieux» de La Mecque, ou plus largement de l’Arabie, il semblerait, mais cela reste des hypothèses, qu’il y avait effectivement quelques divinités. Le Coran en cite huit : al-Lât, al-Manât et al-‘Uzzâ (v. 53,19-20) ainsi que Wadd, Suwâ‘, Yâghûth, Ya‘ûq et Nasṛ (v. 71,23), ainsi que le dieu al-Lâh, qui finira par s’imposer et devenir LE Dieu au cours de la Révélation coranique. Il paraîtrait également que le culte de chacune était lié à des endroits particuliers et que les gens n’adoraient pas nécessairement un panthéon tumultueux et incestueux comme cela fut le cas dans la Grèce antique. »

 

  • Que nous disent le Coran et la tradition islamique de l’enfance de Mahomet ?

« Son père serait décédé avant sa naissance et sa mère quelques années après (lorsqu’il aurait eu entre 4 et 6 ans selon les traditions) 34, de sorte qu’il sera recueilli d’abord par son grand-père paternel (‘Abd al-Mutạ llib), puis par le frère aîné de son père au décès de celui-ci (Abû Ṭâlib). En ce sens la tradition est cohérente avec sa description coranique (‘.’il), à savoir un enfant, puis un jeune homme «bringuebalé» au sein du clan, d’un protecteur à l’autre, à la suite des différents décès auxquels il est confronté. Mais il sera pour toujours orphelin de père, donc dépendant totalement de la solidarité familiale, ce qui était un véritable stigmate dans la société tribale de l’époque. D’ailleurs, les puissant·e·s Mecquois·es ne manqueront pas, par la suite, d’utiliser cet élément contre lui en se demandant comment un tel homme, un moins que rien, pourrait être digne de recevoir une Révélation (v. 38,1-8). »

 

  • Mahomet avait-il été inscrit à “l’école arabe” ?

« Jusqu’à aujourd’hui, dans le monde arabe, et en particulier en Arabie Saoudite, on considère que les nomades sont les dépositaires de la langue arabe classique, un peu comme, en France, c’est le français de Paris qui fait référence. Chaque communauté linguistique choisit ce qui fait norme en matière de pratique de la langue, mais il va de soi qu’il s’agit surtout, par ce récit, de certifier que Muhạmmad avait fréquenté l’une des meilleures écoles de langue arabe de son époque. Le Coran ne prétend-il pas avoir été révélé dans une langue arabe claire, et non pas dans un arabe de mauvaise qualité, comme le parlent les étrangers (v. 16,103) ? Muhạmmad aurait donc été accueilli par une nourrice de la tribu des Banî Sa‘d, qui nomadisait dans les environs de La Mecque. Avantage supplémentaire de cette pratique dans un monde tribal : des frères de lait sont comme des frères de sang. Cela permet de lier des familles, des clans et des tribus et offre des possibilités d’alliance non négligeables. »

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