Stephen Hawking a inspiré de nombreux brillants physiciens, dont Christophe Galfard, qui fut son élève. Entretien ci-dessous.

14/03/2018

Universellement reconnu comme l'un des plus grands cosmologistes de notre époque, l'astrophysicien Stephen Hawking s'est éteint ce mercredi 14 mars.
À l'occasion de la parution de son ouvrage Une brève histoire du temps en 2017 dans la collection Champs, six questions ont été posées au physicien Christophe Galfard.

  • Comment avez-vous découvert Une brève histoire du temps ? Quels souvenirs avez-vous de votre première lecture ?

Je l’ai lu à sa sortie, à la fin des années 1980 : je devais avoir aux alentours de treize ans, et cette lecture a été pour moi un vrai choc. Ce fut une révélation intellectuelle que d’avoir soudain accès à une nouvelle connaissance de la réalité. Je parle de la réalité qui nous entoure, qui nous dépasse, et dont nous sommes faits.
Ces mots relativement simples me faisaient rêver et voyager dans des théories formées par les esprits les plus brillants de la planète – des humanistes qui, par curiosité, par volonté de comprendre, tentaient depuis des siècles de déchiffrer ce grand questionnement qu’est notre existence… Pour l’adolescent attiré par la philosophie que j’étais, cela m’a fait l’effet d’une décharge électrique. L’Univers, les étoiles et planètes m’intéressaient déjà, comme beaucoup d’enfants, mais Une brève histoire du temps a été le déclic qui m’a fait me dire : « Je veux faire ça plus tard. »
Quelque temps après la sortie de ce livre, le génial réalisateur de documentaires américain Errol Morris a adapté Une brève histoire du temps sur grand écran, et je me souviens particulièrement d’une scène. Une tasse de thé tombait sur un carrelage à damier noir et blanc et explosait en morceaux, avant de se recomposer et de remonter sur la table. Il était dit, alors, que ce phénomène a priori impossible pouvait se produire dans le
domaine de la physique quantique. On touchait là, comme dans le livre, à ce qui semblait réservé au monde des rêves : inverser le cours du temps, jouer par l’esprit avec l’ordre établi et immuable des choses. Quoi de plus normal, dès lors, que de vouloir participer à ces recherches !

  • Stephen Hawking a été votre directeur de thèse. Quelle influence a-t-il eu sur votre travail, votre façon d’écrire la science ?

Pour être franc, il m’a tout appris, et m’a donné envie de faire ce pas. Une carrière de chercheur s’ouvrait devant moi mais, au fil des années, j’ai compris l’importance de ce partage, et je me suis orienté vers la voie de la transmission plutôt que vers celle de la recherche.
Je tâche de garder en tête sa volonté de transmission, de partager la joie de la connaissance, de considérer les lecteurs comme des collègues qui parcourent l’Univers tout comme moi, sur une petite planète qu’il s’agit de protéger et de comprendre. Bien sûr, j’y ajoute mes propres réflexions, mais une des choses que l’on apprend en le côtoyant est la nécessité de réfléchir par soi-même : j’essaie donc de transmettre à mon tour ce savoir, en encourageant les lecteurs à réfléchir par eux-mêmes, à se faire leurs propres idées, à ne pas se laisser berner par ceux qui utilisent adroitement un jargon scientifique pour raconter n’importe quoi.

Christophe GALFARD,
Physicien, écrivain.

Entretien issu de la préface de l'ouvrage Une brève histoire du temps,Du Big Bang aux trous noirs, Coll.Champs, octobre 2017.

Pour lire l'intégralité de l'entretien de Christophe Galfard,

Bibliographie

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